Vieira homme du match
A un moment, tout le monde a envisagé le pire. Il n'y avait franchement pas photo entre la France et le Togo, dans tous les compartiments du jeu. Mais quand l'arbitre uruguayen M. Larrionda a sifflé la mi-temps sur le score de 0-0, quand les Bleus recommencèrent, en début de seconde période, leur irrationnel numéro de vendange en tout genre, quand les hors-jeu hasardeux interrompaient ça et là quelque jeu en profondeur bien senti (Henry 35e), à voir aussi les sourcils de Raymond Domenech écraser son regard au fil des minutes, il était devenu tangible que la France pouvait quitter la Coupe du monde sur le fiasco le plus retentissant de son histoire. Plus les minutes passaient, et moins les gestes étaient sûrs. Douze occasions franches en première mi-temps n'avaient pas suffi. Une domination collective et territoriale considérable ne parvenait pas à neutraliser totalement le Togo, joueur et parfois dangereux sur ses quelques ballons de contre. Même l'espace, même le temps, les deux meilleurs amis des attaquants, disponibles à foison sur certaines actions, n'ont pas aidé Trezeguet, Henry, Malouda, Ribéry et les autres à tromper Agassa au plus fort de la domination tricolore. Le Togo, battu cinq fois en cinq matches de CAN et de Coupe du monde, semblait être la marche de trop pour une équipe de France incroyable de maladresse et de malchance.
Ce scénario du pire s'est arrêté peu avant l'heure de jeu. Franck Ribéry ruinait encore un fameux enchaînement Henry - Malouda, avec une divine talonnade du Gunner. Au lieu de sombrer sous le poids de ce deuxième raté (le premier, comparable, avait eu lieu à la 28e), le Marseillais réalisait dans la foulée son accélération la plus pure pour servir Vieira. D'une frappe en pivot, du geste le plus assuré du monde, comme venu d'ailleurs, l'homme du match trompait enfin le portier togolais (55e). Le capitaine des Bleus, le jour de ses trente ans, libérait l'énergie retenue du magnifique public de Cologne, qui parlait et criait en français. Il libérait aussi celle de ses équipiers, Henry se chargeant dans la foulée de convertir avec sang froid une déviation de la tête de Vieira (décidément !) consécutive à une ouverture parfaite de Sagnol (61e). En cinq minutes, le match avait changé de visage et tout ce qui se passa par la suite n'eut pas grande importance.
Place au défi espagnol
La France n'a pas vraiment cherché le carton. Le Togo n'a pas inquiété Barthez. La France était qualifiée quoiqu'il arrive. La victoire de la Suisse face à la Corée du Sud (2-0), acquise à la 77e minute sur un but de Frei, place les Bleus au deuxième rang du groupe G. Cela va lui donner un jour supplémentaire de récupération et un dérangement minimum pour son huitième de finale, qui se jouera mardi à Hanovre à 45 kilomètres du château de Munchausen. Mais son prochain adversaire lui offrira un défi à la taille d'une ambition cent fois rabâchée : l'Espagne, irrésistible au premier tour (huit buts marqués), seule équipe à être invaincue depuis deux ans. En cas de grande performance, le Brésil se profilerait. C'est une autre histoire qui commence. Les personnages restent les mêmes. Ils ont quatre jours pour trouver des super pouvoirs.


